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Illustration: Peter Alexandrovich Nilus 1869-1943, on the bridge
Ils avaient demandé à être inscrits aux mêmes activités pour leur semaine de stage de plongée sous-marine. Le club réputé pour son sérieux proposait un programme qui les avait séduits d'emblée, ils n'auraient pas une minute de répit, ni le temps de s'ennuyer. Les cours avaient lieu dans une petite crique retirée aux allures paradisiaques et dès leur arrivée, ils avaient entendu dire qu'un jeune dauphin surnommé Némo, venait régulièrement taquiner et jouer avec les plongeurs en fin d'après midi. Dès lors, ils n'avaient plus qu'une seule idée en tête, avoir suffisamment de chance pour l'approcher...
Depuis deux jours, le ciel s'était couvert et le fond de l'air s'était un peu rafraîchi, mais les enfants n'en avaient que faire, ils se couvraient un peu plus que d'habitude et se rendaient quand même sur la plage pour reprendre leur chasse aux trésors. C'est inimaginable ce que cette étendue de sable recelait comme petits locataires! Il suffisait d'avoir l'oeil attentif pour dénicher toutes sortes de petits galets, de mollusques et de coquillages. Un matin, ils avaient même découvert des dizaines de méduses échouées sur le sable et que la mer avait rejetées si loin qu'ils n'en croyaient pas leurs yeux...
Depuis le début de la semaine, il s'était abattu sur la ville une chaleur comme on avait rarement enregistrée ces cinquante dernières années. Dès dix heure le matin une fournaise implacable s'engouffrait dans les rues désertes, léchant les murs blancs des habitations, envahissant le moindre recoin sur son passage. Seuls refuges pour la population: se calfeutrer chez soi et attendre le retour de la fraîcheur du soir, ou bien se précipiter en direction de la mer à la recherche d'un petit mètre carré de sable. La plage s'était transformée en une gigantesque ville en tissu, un vrai labyrinthe pour les enfants qui voulaient s'approcher de l'eau...
Manon était une petite fille très en avance pour son âge, du haut des ses huit ans, elle ne se plaisait qu'en compagnie d'adultes. Les enfants de son âge l'ennuyaient, elle ne leur trouvait aucune conversation et les taxait très souvent d'immatures et de puérils! De ce fait, il lui arrivait souvent de se retrouver seule et sans amis, alors elle se mettait à l'écart pour avoir la paix. Mais ce petit air rebelle qu'elle affichait la faisait immanquablement passer pour une très grande boudeuse...
Le jour de ses seize ans, Marie-Lou avait reçu un magnifique alezan en cadeau d'anniversaire. Il faut dire qu'elle en avait rêvé pendant de nombreuses années! Depuis sa plus tendre enfance, elle se documentait sur tout ce qui se rapportait de près ou de loin au monde du cheval, il lui arrivait même d'évoquer sérieusement le métier de vétérinaire. Lorsqu'elle n'était pas entrain de bichonner, bouchonner ou bien soigner son cheval, elle partait pour de longues heures de chevauchée sur la plage avec sa cousine Léa. Rien au monde ne pouvait alors égaler cette sensation de légèreté et de liberté...
Tous les ans au début des vacances, les trois soeurs se retrouvaient en villégiature à la Baule chez leur grand-mère Lucette. Elles arrivaient quelques jours avant les feux de la Saint-Jean et n'en repartaient qu'à la fin de l'été après le quinze août. Elles débarquaient en grande fanfare avec enfants, nounous, chiens et chats sous les bras, occupaient tout le premier étage et s'installaient pour l'été dans la grande villa maternelle. Soucieuses du bien-être des enfants et pour avoir la paix, elles passaient la majeure partie de la journée sur la plage, organisaient des pique-niques géants sous les parasols, et inventaient des jeux pour satisfaire tous les cousins, petits et grands...
La p'tite Sarah aimait l'eau pardessus tout, elle pouvait passer des heures entières dans son bain et n'en sortait qu'avec des cris et des pleurs. Alors, imaginez quel fut son étonnement lorsqu'elle découvrit pour la première fois la plage et la baignade en mer. Elle n'en croyait pas ses yeux; un immense bain avec de la mousse! Elle pouvait jouer avec les autres petits garçons et petites filles, entrer et sortir de l'eau autant de fois qu'elle le voulait: c'était trop beau! Elle était ivre de joie! Pourtant un petit grain de sable venait gripper ce bonheur, elle ne supportait pas que ses petits pieds soient salis par le sable. Il fallait que maman la suive partout avec une serviette...
Alors que les parents s'apprêtaient à embarquer pour une petite promenade en bateau, les enfants avaient été confiés à Lulu qui sans interrompre sa lecture, les surveillait d'un oeil discret et bienveillant. Trop occupés par leurs travaux de construction, les petits ne s'étaient même pas rendus compte que la marée montante approchait dangereusement des fondations de leur château de sable. C'était une si belle journée du mois d'août...
Depuis qu'elle était haute comme trois pommes, elle rêvait de bateaux à voiles, de voyages, de grand large et de tour du monde... C'était sa passion depuis toujours et elle n'en démordait pas, elle allait même jusqu'à piquer de grandes colères lorsque ses frères la taquinaient, lui assurant que c'était un sport exclusivement masculin. " J'y arriverai leur disait-elle, vous verrez, je serai la première navigatrice à faire le tour du monde et j'y arriverai en moins de quatre-vingt jours, vous verrez..."
Elle avait pourtant bien dit qu'il fallait faire attention, qu'il fallait prendre soin de ne pas tâcher de si jolies robes achetées pour l'occasion. Elle avait même lourdement insisté, leur faisant promettre de rester sages et présentables pour la cérémonie du vin d'honneur. Le problème c'est qu'après la messe, et sans prévenir, le joyeux cortège des invités a fait un léger détour par le bord de mer. Ce qui a fait la grande joie des enfants, petits et grands d'ailleurs, qui dès la première flaque et sans hésitation, ont pris le plus grand des plaisirs à sauter dans l'eau...
Sans prévenir, le temps s'était brutalement gâté faisant fuir les plaisanciers venus faire leur promenade quotidienne sur la corniche. Le ciel s'était très vite assombrit, le vent s'était levé soufflant par petites bourrasques. A plusieurs reprises, le tonnerre gronda au loin faisant fuir des nuées oiseaux marins. Un énorme orage d'été venant du large et poussé par les vents du sud était arrivé sur la ville; un spectacle inattendu et grandiose se passait sous leurs yeux émerveillés...
Elle leur avait promis de repartir avec la plus belle collection de coquillages jamais rassemblée dans la région. Tous les après-midi, après la sieste et dans un rituel immuable, ils se préparaient dans une excitation et des cris de joie que plus rien ne pouvait arrêter jusqu'à ce qu'elle donne le signal de départ pour la fabuleuse chasse aux trésors. Il leur fallait bien une bonne heure pour faire le tour de la baie, au grand bonheur de Sherlock, le fox terrier devenu en quelques jours, l'expert numéro un pour dénicher les plus beaux spécimens...