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jeudi 1 novembre 2012

La Toussaint

Émile Friant (1863-1932), La Toussaint

Et les mourantes fleurs du sombre cimetière,
Se ranimant soudain au vent de la prière,
Versent tous leurs parfums sur les morts endormis.

Octave Crémazie, Extrait de Les Morts

samedi 22 septembre 2012

Tu dis que tu aimes les fleurs...

Henry Justice Ford (1860-1941), Caged

Tu dis que tu aimes les fleurs et tu leur coupes la queue,
Tu dis que tu aimes les chiens et tu leur mets une laisse,
Tu dis que tu aimes les oiseaux et tu les mets en cage,
Alors quand tu dis que tu m’aimes, moi j’ai un peu peur.

Jean Cocteau

mercredi 19 septembre 2012

Comme dans un beau songe...

Etienne Dinet (1861-1929), Junges Orientalisches Mädchen, Im Interieur Sitzend
Laissez, laissez mon cœur s’enivrer d’un mensonge,
Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe, 
Et sommeiller longtemps à l’ombre de vos cils.

Charles Baudelaire,  Extrait de Semper eadem

lundi 17 septembre 2012

Dans le partage, Gérard de Cortanze

Pierre Oliver Joseph Coomans (1816–1889), Odalisque
Henné de mes doigts
où hurle ta chevelure,
quand tu ôtes au sommeil
des vents tranquilles - ou
que tu écoutes dans la
profusion brillante des
amandes - ou que
tu traces entre mes bras
trois visages singuliers -
ou que tu engages un rivage
dissipé de désirs - ou
que ton nom poursuit mon
histoire - ou que notre
étreinte fait vendange
dans le partage
- délice
- crainte et
- cendres.

Gérard de Cortanze, La porte de Cordoue

mercredi 20 juin 2012

L'invitation au voyage, Charles Baudelaire

Antonio Mancini (1852-1930), The Customs
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

jeudi 31 mai 2012

Ma mère, Emile Nelligan

Kees Van Dongen (1877-1968), Ma gosse et sa mère

Quelquefois sur ma tête elle met ses mains pures,
Blanches, ainsi que des frissons blancs de guipures.

Elle me baise au front, me parle tendrement,
D'une voix au son d'or mélancoliquement.

Elle a les yeux couleur de ma vague chimère,
O toute poésie, ô toute extase, ô Mère ! 

A l'autel de ses pieds je l'honore en pleurant,
Je suis toujours petit pour elle, quoique grand.

Emile Nelligan

mardi 22 mai 2012

Correspondances...

Jean-Joseph-Benjamin Constant (1845-1902) The Odalisque
« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » 
Charles Baudelaire, Correspondances

Derrière le rideau

Henri Gervex (1852-1929), La visite imprévue
Où es-tu me vois-tu m'entends-tu
Je suis la créature de derrière le rideau
De derrière le premier rideau venu
Maîtresse des verdures malgré tout.
Et des plantes de rien
Maîtresse de l'eau maîtresse de l'air
Je domine ma solitude
Où es-tu
A force de rêver de moi le long des murs
Tu me vois tu m'entends
Et tu voudrais changer mon coeur
M'arracher au sein de mes yeux

Paul Eluard, J'ai un visage pour être aimé

mercredi 16 mai 2012

Les chats, Charles Baudelaire

Franz Von Stuck (1863-1928), Sphinx

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Charles Baudelaire 

mercredi 2 mai 2012

Charme-du-jour, Augusta Holmès

Antonio Fabres y Costa (1854–1936), The Gift for the Favourite

Ta lèvre est une boisson fraîche
Qui brûle mon coeur !
L'anémone rose et la pêche
Se mêlent sur ta joue en fleur !

Ton regard, sous ta chevelure,
Eclair dans la nuit !
Raya mon coeur d'une félure
D'où ma force vers toi s'enfuit !

Fleur de grenade et rose blanche,
Ô " Charme du Jour ! "
Les balancements de ta hanche
Scandent mes poêmes d'amour !

Et si, dans la soif éternelle,
Parmi les maudits,
Un Djinn m'apportait sous son aile
De la neige du Paradis,

Je crierais : Va-t'en ! Car j'implore
Allah le Clément !
" La revoir ! La revoir encore,
Et souffrir éternellement ! "

Augusta Holmès

lundi 16 avril 2012

La mémoire, François Coppée

William Bouguereau  (1825-1905), L'Orientale à la grenade

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m'apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j'ai fuie ?
Qu'est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr'ouverte qui rende
L'incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n'est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l'antilope errant sous le taillis humide
N'a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! Devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l'amant peut du moins s'écrier : "Sois bénie,
O faculté sublime à l'égal du génie,
Mémoire, qui me rend son sourire et sa voix,
Et qui fais qu'exilé loin d'elle, je la vois !"

François Coppée

samedi 7 avril 2012

Une rose seule, c'est toutes les roses, Rainer Maria Rilke

Marie Felix Hippolyte Lucas (1854-1925), Beauty in Pink

Une rose seule, c'est toutes les roses
et celle-ci : l'irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

Rainer Maria Rilke

jeudi 29 mars 2012

Chœur d'amour, Gérard de Nerval

Jean-François Millet (1814-1875), Nu de dos
Ici l'on passe
Des jours enchantés !
L'ennui s'efface
Aux coeurs attristés
Comme la trace
Des flots agités.

Heure frivole
Et qu'il faut saisir,
Passion folle
Qui n'est qu'un désir,
Et qui s'envole
Après le plaisir !

Gérard de Nerval 

mercredi 21 mars 2012

Le printemps, Théodore de Banville

George Henry Boughton (1833-1905), A spring Idyll

Te voilà, rire du Printemps!
Les thyrses des lilas fleurissent.
Les amantes qui te chérissent
Délivrent leurs cheveux flottants.

Sous les rayons d’or éclatants
Les anciens lierres se flétrissent.
Te voilà, rire du Printemps!
Les thyrses de lilas fleurissent.

Couchons-nous au bord des étangs,
Que nos maux amers se guérissent!
Mille espoirs fabuleux nourrissent
Nos coeurs gonflés et palpitants.
Te voilà, rire du Printemps!

Théodore de Banville

vendredi 16 mars 2012

Printemps, Albert Samain

Hans Zatzka, 1859-1949, Spring Beauty

Les désespoirs sont morts, et mortes les douleurs.
L'espérance a tissé la robe de la terre ;
Et ses vieux flancs féconds, travaillés d'un mystère,
Vont s'entr'ouvrir encor d'une extase de fleurs.

Les temps sont arrivés, et l'appel de la femme,
Ce soir, a retenti par la création.
L'étoile du désir se lève ô vision !
Ô robes qui passez, nonchalantes, dans l'âme...

Les ciels nus du matin frissonnent de pudeur ;
L'émeute verte éclate aux ramures vivaces ;
Et la vie éternelle arrivant des espaces
En ruisseaux de parfums coule à travers le cœur.

Voici que le printemps s'avance sous les branches,
Nu, candide et mouillé dans un jeune soleil ;
Et les cloches tintant parmi l'azur vermeil
Versent une allégresse au cœur des maisons blanches.

L'âme s'ouvre parmi l'enchantement du jour,
Et le monde qu'enivre une vague caresse,
Le monde, un jour encor, va noyer sa détresse
Dans les cheveux profonds et vivants de l'amour.

Amour ! Frissons légers des jupes, des voilettes,
Et lumières des yeux de femmes transparents...
Amour ! Musique bleue et songes odorants...
Et frêles papillons grisés de violettes...

Albert Samain  

jeudi 8 mars 2012

A une femme, Victor Hugo

Alexandre Cabanel (1823-1889), Pandora
Enfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Victor Hugo, Les feuilles d'automne

mardi 21 février 2012

Mascarade

Walter Schnackenberg (1880-1961), Fasching

Que la fortune abonde en caprices charmants
Dès nos premiers regards nous devînmes amants.
C'était un mardi gras dans une mascarade ;
Nous soupions ; - la Folie agita ses grelots,
Et notre amour naissant sortit d'une rasade,
Comme autrefois Vénus de l'écume des flots. ...

Alfred de Musset, extrait de Idyle

mardi 24 janvier 2012

Hymne, Charles Baudelaire

Theodoros Ralli (1852-1909), Sleeping Concubine

A la très chère, à la très belle
Qui remplit mon cœur de clarté,
A l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité!

Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l'éternel.

Sachet toujours frais qui parfume
L'atmosphère d'un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,

Comment, amour incorruptible,
T'exprimer avec vérité?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité!

A la très bonne, à la très belle
Qui fait ma joie et ma santé,
A l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité!

Charles Baudelaire

vendredi 13 janvier 2012

lundi 9 janvier 2012

Chanson d'après-midi, Charles Baudelaire

Ferdinand Keller (1842 – 1922), A nymph drinking at a spring
***
Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n'est pas celui d'un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,

Je t'adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.

Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l'énigme et du secret.

Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d'un encensoir ;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude.

Ah ! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts !

Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.

Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser ;

Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon coeur
Ton oeil doux comme la lune.

Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie,
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,

Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur !
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie !

Charles Baudelaire
«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard