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vendredi 8 janvier 2010

Le Hammam...

Femmes au bain, Musée Georges-Garret, Vesoul
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« Le hammam me manque. Davantage qu’une nostalgie d’enfance, ces années enrobées de vapeur et d’images floues, ce temps où l’innocence nous permettait d’accompagner nos mères dans ces lieux d’intimité équivoque, le bain maure, ou le bain turc comme l’appellent les orientalistes, est un espace privilégié, une sorte de secret que tout enfant marocain garde précieusement dans sa mémoire. On ferme les yeux et on laisse passer l’enfant. La gardienne n’est pas dupe ; elle fait comme si rien de grave ne se passe dans cette lumière voilée, donnant aux femmes des formes extravagantes ou sublimes, débordante de désir et de mystère. Avec le temps, ces images ne cessent de grandir et de prendre des proportions inquiétantes. Certaines disparaissent, d’autres ressurgissent dans des rêves perplexes. Pour les uns, toutes femmes qui se lavent dans cette semi-obscurité sont des ogresses, pour les autres seule leur propre mère existe et ils ne voient qu’elle. »
Extrait : Tahar Ben Jelloun, Amours sorcières, Editions Seuil

J'ai embrassé son sourir...

Sir William Orpen 1878-1931, Nuit (n°2)
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"Elle a souri. Elle ne disait rien. Elle souriait et pivotait légèrement d'avant en arrière en se retenant au col de sa veste. Je l'ai embrassée. Sa bouche était fermée. J'ai embrassé son sourir. Elle a secoué la tête et m'a repoussé gentiment.
J'aurais pu tomber à la renverse."
Extrait: Anna Gavalda, Je l'aimais

mardi 5 janvier 2010

Elle avait le charme d'une chose pas naturelle... Pierre Loti

Benjamin Constant 1767-1830, Portrait of Arabe Woman
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Tout à coup, en haut d’un de ses grands murs qui bordaient la rue morte, un trou, aussi irrégulier que la percée d’un boulet, s’illumina d’une lueur rosée, et une tête de femme y apparut comme une vision.
Elle était éclairée en plein, sans doute par quelque flambeau placé tout près d’elle à l’intérieur, et sa figure resplendissait, toute lumineuse au milieu de la nuit.
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C’était Fatmah qui avait entendu leurs chants, et regardait de là-haut quels étaient ces passants nocturnes.
Elle était si bien peinte que ses joues rondes et lisses avaient l’éclat des poupées de cire. Ses yeux ombrés étaient plus grands que nature. Entre ses longs cils noirs, on voyait ses prunelles remuer sur de l’émail blanc, et elle souriait à demi, le regard baissé vers les hommes ivres.
Ses cheveux étaient pris dans un petit turban en gaze d’or, et sur son front retombait une couronne de sequins d’argent séparés par des perles de corail. Une quantité d’anneaux lourds et magnifiques étaient passés à ses oreilles, et plusieurs rangs de fleurs d’oranger, enfilées avec d’autres fleurs rouges, pendaient de sa coiffure sur des plaques de métal qui ornaient son cou.
Son visage était juste encadré dans un trou. On ne voyait pas plus bas que ses colliers, et elle avait l’air d’une tête sans corps. Elle avait le charme d’une chose pas naturelle qui aurait pris vie…
Extrait: Pierre Loti, Les trois dames de la Kasbah

dimanche 3 janvier 2010

Quel coeur battra contre le mien?

Prosper d’Épinay 1836-1914, Bacchante°°°°°
Quel coeur battra contre le mien? Quelle main pressera la mienne? De quel regard verrai-je s'échapper ces traits de flamme qui, semblables à des émanations de la Divinité, portaient dans mon âme mille transport de joie et d'amour?
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Extrait: Vingt-quatre heures d'une femme sensible, Constance de Salm, Lettre XLI

lundi 28 décembre 2009

Parure de perles, d'émeraudes et de diamants

Eugène Devéria 1805-1865, Odalisque
(Courtoisie Brame et Lorenceau, Paris)
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« Elle portait au cou trois colliers qui lui descendaient aux genoux : l’un était fait de grosses perles, et au bout pendait une émeraude de la grosseur d’un œuf de dinde ; le second se composait de deux cents émeraudes, toutes du plus beau vert […], le troisième, c’était encore des petites émeraudes, d’une rondeur parfaite. Mais ses boucles d’oreilles éclipsaient tout le reste : c’était deux diamants en forme de poires, de la grosseur d’une belle noisette. Autour de son talpok, elle avait quatre cordons de perles, les plus blanches et les plus parfaites qui soient, de taille à faire quatre colliers comme celui de la duchesse de Malborough, attachés par deux roses, composées d’un gros rubis, entouré de vingt diamants superbes. En outre, sa coiffure était couverte d’épingles à la tête d’émeraude et de diamant. Elle portait de grands bracelets de diamants et cinq bagues aux doigts avec des solitaires, les plus gros que j’aie jamais vus. Je puis affirmer qu’aucune reine d’Europe n’en possède la moitié, et les joyaux de l’impératrice, pourtant beaux, paraîtraient mesquins à côté des siens. »
Lady Mary Wortley Montagu, Une Anglaise en Turquie au XVIIIe siècle,
Extrait: Du Maroc aux Indes, Voyages en Orient aux XVIIIe et XIXe siècle, Lynne Thornton

dimanche 27 décembre 2009

Un thé du côté de chez Swann

Edith Mitchill Prellwitz 1864-1944 , Afternoon tea
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Odette fit à Swann "son" thé, lui demanda: "Citron ou crème?" et comme il répondit "crème", lui dit en riant: "Un nuage!" Et comme il le trouvait bon: "Vous voyez que je sais ce que vous aimez." Ce thé, en effet, avait paru à Swann quelque chose de précieux comme à elle-même, et l'amour a tellement besoin de se trouver une justification, une garantie de durée, dans des plaisirs qui au contraire sans lui n'en seraient pas et finissent avec lui, que quand il l'avait quitté à sept heures pour rentrer chez lui s'habiller, pendant tout le trajet qu'il fit dans son coupé, ne pouvant contenir la joie que cet après-midi lui avait causée, il se répétait: "Ce serait bien agréable d'avoir ainsi une petite personne chez qui on pourrait trouver cette chose si rare, du bon thé."
Marcel Proust, Un amour de Swann

samedi 26 décembre 2009

Vingt-quatre heures d'une femme sensible, Constance de Salm

Antoine-Jean Gros 1771-1835 Bacchus et Ariane
*****
Vingt-quatre heures d'une femme sensible
Constance de Salm
Lettre XXXVIII

"L’amour !... Qu’est-ce que l’amour ?... Un caprice, une fantaisie, une surprise du cœur, peut-être des sens ; un charme qui se répand sur les yeux, qui les fascine, qui s’attache aux traits, aux formes, aux vêtements même d’un être que le hasard seul nous fait rencontrer. Ne le rencontrons-nous pas ? rien ne nous en avertit, ne nous trouble… nous continuons de vivre, d’exister, de chercher des plaisirs, d’en trouver, de poursuivre notre carrière comme si rien ne nous manquait !... L’amour n’est donc pas une condition inévitable de la vie, il n’en est qu’une circonstance, un désordre, une époque… que dis-je ? un malheur ! une crise… une crise terrible… elle passe, et voilà tout."
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Le Mot de l'éditeur: Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publiée en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir.
Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait " la muse de la Raison " défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon.

vendredi 18 décembre 2009

De la créativité et de l'immortalité...

Robert Lefevre 1755-1830, Venus désarmant l’Amour
Château de Fontainebleau
*****
Or il est bien possible que l’amour ait, lui aussi, ses aspects physiques et chimiques, mécaniques et végétatifs. Stendhal parle d’une cristallisation et, ailleurs, d’une fièvre ; être amoureux, dit Socrate dans le Phèdre, c’est une ivresse, une maladie, un délire. Ce n’est justement pas une mauvaise ivresse, ajoute-t-il, mais la meilleure ivresse qui soit ; non pas une maladie néfaste ni une folie humaine au sens pathologique, mais une mania inspirée par le divin et aspirant à lui, une folie divine qui donne des ailes à l'âme confinée dans le terrestre. D’après lui, l’éros n’est certes pas un dieu, il n’est ni bon ni mauvais, ni beau ni laid, c’est un grand démon, un médiateur entre les hommes et les dieux, un incitateur, inoculant aux hommes le désir de ce qui leur manque : le beau, le bien, le bonheur, la perfection – autant d’attributs divins dont l’amant voit le reflet dans l’aimé – et finalement même l’immortalité. L’objet de l’amour est « la procréation et l’enfantement dans la beauté », dit Diotime, « la plus sage des femmes», dont Socrate rapporte les propos dans le Banquet. Et cet amour « procréant et enfantant », y compris l’amour physique et animal, mais plus encore ses formes spirituelles, pédagogiques, artistiques, politiques, philosophiques, bref, ce que nous appelons la créativité, voilà ce qui constitue chez l’homme sa part d’immortalité, car cela garde consistance et continue d’agir par-delà sa mort. Au reste, c’est « dans la beauté », précision qui n’est pas sans importance ; « la procréation et l’enfantement dans la beauté », c’est-à-dire dans le désir de ces attributs divins qui nous font précisément défaut, à nous autres humains.
Extrait: Sur l'amour et la mort, Patrick Süskind

vendredi 11 décembre 2009

Un baiser...

Charles Émile Auguste Durand dit Carolus-Duran
(1837-1917) Le Baiser
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Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui peut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le coeur,
Et d'un peu se goûter au bord des lèvres, l'âme!
.
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte III, scène 10

mercredi 9 décembre 2009

Le chemin de l'amour, Sabine Sicaud

Etienne Dinet 1861-1929, Esclave d'amour et Lumière des yeux
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Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi
Avec ton beau visage.
Si tu changes de nom, d'accent, de cœur et d'âge,
Ton visage du moins ne me trompera pas.
Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi
La clarté patiente des étoiles.
De la nuit, de la mer, des îles sans escales,
Je ne crains rien si tu m'as reconnue.
Mon Amour, de bien loin, pour toi, je suis venue
Peut-être. Et nous irons Dieu sait où maintenant?
Depuis quand cherchais-tu mon ombre évanouie?
Quand t'avais-je perdu? Dans quelle vie?
Et qu'oserait le ciel contre nous maintenant?
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Sabine Sicaud

mercredi 2 décembre 2009

Cet Amour, Jacques Prévert

François Boucher 1703-1770, An Autumn Pastoral
(Détail) Wallace Collection, London
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Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au millieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vrai qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivant que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marble
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Lá où tu es
Lá où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.
.
Jacques Prévert

mardi 24 novembre 2009

Le cortège de femmes... Tahar Ben Jelloun

Adolf Seel 1829 - 1907, Nubienne
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Le cortège de femmes drapées de laine
apporte sa part d'orange, de figue, d'olive et de sucre
à l'homme absent
parti loin dans le froid et la solitude
extraire la houille et le temps
des ténèbres humides

Tahar Ben Jelloun, Les amandiers sont morts de leurs blessures

lundi 23 novembre 2009

Est-ce là le véritable amour ?

Paul Baudry 1828-1886, Venus jouant avec L'Amour
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"Est-ce là le véritable amour?
Une espèce d'ivresse, certes. Une folie, assurément.
Mais la plus noble ivresse qui puisse exister?
Une folie qui, inspirée par le divin, conduirait au divin?
Il n'est pas facile de le croire."
.
Patrick Süskind, Sur l'amour et la mort

vendredi 20 novembre 2009

La Sultane favorite, Victor Hugo

Paul Emil Jacobs 1802-1866, Ali Pasha et Kira Vassiliki
~~~
N'ai-je pas pour toi, belle juive,
Assez dépeuplé mon sérail?
Souffre qu'enfin le reste vive.
Faut-il qu'un coup de hache suive
Chaque coup de ton éventail?
.
Repose-toi, jeune maîtresse.
Fais grâce au troupeau qui me suit.
Je te fais sultane et princesse:
Laisse en paix tes compagnes, cesse
D'implorer leur mort chaque nuit.
.
Quand à ce penser tu t'arrêtes,
Tu viens plus tendre à mes genoux;
Toujours je comprends dans les fêtes
Que tu vas demander des têtes
Quand ton regard devient plus doux.
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Ah ! jalouse entre les jalouses!
Si belle avec ce cœur d'acier!
Pardonne à mes autres épouses.
Voit-on que les fleurs des pelouses
Meurent à l'ombre du rosier?
.
Ne suis-je pas à toi ? Qu'importe,
Quand sur toi mes bras sont fermés,
Que cent femmes qu'un feu transporte
Consument en vain à ma porte
Leur souffle en soupirs enflammés?
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Dans leur solitude profonde,
Laisse-les t'envier toujours;
Vois-les passer comme fuit l'onde;
Laisse-les vivre : à toi le monde!
A toi mon trône, à toi mes jours!
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A toi tout mon peuple - qui tremble!
A toi Stamboul qui, sur ce bord
Dressant mille flèches ensemble,
Se berce dans la mer, et semble
Une flotte à l'ancre qui dort!
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A toi, jamais à tes rivales,
Mes spahis aux rouges turbans,
Qui, se suivant sans intervalles,
Volent courbés sur leurs cavales
Comme des rameurs sur leurs bancs!
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A toi Bassora, Trébizonde,
Chypre où de vieux noms sont gravés,
Fez où la poudre d'or abonde,
Mosul où trafique le monde,
Erzeroum aux chemins pavés!
.
A toi Smyrne et ses maisons neuves
Où vient blanchir le flot amer!
Le Gange redouté des veuves!
Le Danube qui par cinq fleuves
Tombe échevelé dans la mer!
.
Dis, crains-tu les filles de Grèce?
Les lys pâles de Damanhour?
Où l'oeil ardent de la négresse
Qui, comme une jeune tigresse,
Bondit rugissante d'amour?
.
Que m'importe, juive adorée,
Un sein d'ébène, un front vermeil!
Tu n'es point blanche ni cuivrée,
Mais il semble qu'on t'a dorée
Avec un rayon du soleil.
.
N'appelle donc plus la tempête,
Princesse, sur ces humbles fleurs,
Jouis en paix de ta conquête,
Et n'exige pas qu'une tête
Tombe avec chacun de tes pleurs!
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Ne songe plus qu'aux frais platanes,
Au bain mêlé d'ambre et de nard,
Au golfe où glissent les tartanes...
Il faut au sultan des sultanes;
Il faut des perles au poignard!
.
Victor Hugo, Les Orientales

lundi 16 novembre 2009

Est-elle almée ? Arthur Rimbaud

Émile Vernet-Lecomte 1821-1900, Almée, une jeune égyptienne
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Est-elle almée ?... aux premières heures bleues
Se détruira-t-elle comme les fleurs feues...
Devant la splendide étendue où l'on sente
Souffler la ville énormément florissante!
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C'est trop beau ! c'est trop beau! mais c'est nécessaire
-Pour la Pêcheuse et la chanson du Corsaire,
Et aussi puisque les derniers masques crurent
Encore aux fêtes de nuit sur la mer pure!
.
Arthur Rimbaud

vendredi 13 novembre 2009

De la Fascination...

Nathaniel Sichel 1843-1907, The lute player
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"Quant à la fascination, l'oreille a la musique.
L'oeil a la peinture. La mort a le passé.
L'amour a le corps nu de l'autre.
La littérature la langue individuelle réduite au silence."
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Pascal Quignard, la vie secrète

jeudi 5 novembre 2009

Les Amants de Byzance, Mika Waltari (extrait 2)

Louis Emile Pinel De Grandchamp 1831-1894, Emina, Souvenir d'Orient
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"_ Moi aussi, j'en ai assez des phrases. Mais je ne puis te prendre dans mes bras en présence de ton eunuque. Tu sais bien que tu comprendrais tout, si je te prenais dans mes bras. Alors, nous n'aurions plus besoin de mots.
_ Tu es fou, dit-elle en reculant.
Mais nos yeux se rencontrèrent. Comme devant Sainte-Sophie, nos regards nus l'un dans l'autre.
_ Anna, mon amour! Notre temps touche à sa fin. Le sablier se vide. La première fois que je t'ai vue, je t'ai reconnue. Cela devait arriver. Dieu dépasse tout ce que l'homme peut mesurer ou imaginer. Peut-être avons-nous déjà été au monde et nous sommes-nous rencontrés dans une existence antérieure? Mais nous n'en savons rien. La seule chose sûre est que nous nous sommes rencontrés, que cela devait arriver. Peut-être est-ce notre seule chance. Le seul lieu et le seul moment dans l'éternité où nous pouvons nous rencontrer. Qu'en sais-je? Pourquoi hésites-tu? Pourquoi te leurres-tu?"...
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Extrait: Les Amants de Byzance, Mika Waltari
Editions Phébus libretto, page 115

mardi 3 novembre 2009

La belle Égyptienne, Georges de Scudéry

Nicolas Regnier 1590-1667, La diseuse de bonne aventure
*****
La belle Égyptienne
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Sombre divinité, de qui la splendeur noire
Brille de feux obscurs qui peuvent tout brûler:
La neige n'a plus rien qui te puisse égaler,
Et l'ébène aujourd'hui l'emporte sur l'ivoire.
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De ton obscurité vient l'éclat de ta gloire,
Et je vois dans tes yeux, dont je n'ose parler,
Un Amour africain, qui s'apprête à voler,
Et qui d'un arc d'ébène aspire à la victoire.
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Sorcière sans démons, qui prédis l'avenir,
Qui, regardant la main, nous viens entretenir,
Et qui charmes nos sens d'une aimable imposture:
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Tu parais peu savante en l'art de deviner;
Mais sans t'amuser plus à la bonne aventure,
Sombre divinité, tu nous la peux donner.
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Georges de Scudéry

dimanche 1 novembre 2009

Les Amants de Byzance, Mika Waltari

Jean-François Portaels 1818-1895, An Oriental Beauty
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"_Il faut que je m'en aille, répéta-t-elle.
Mais brusquement elle passa son bras autour de ma taille et pressa sa tête contre ma poitrine, si bien que je sentis dans l'air froid le parfum d'hyacinthe de sa peau.
Mes lèvres ne cherchèrent ni sa joue ni sa bouche. Je ne voulais pas l'offenser par un geste de désir."...
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Extrait: Les Amants de Byzance, Mika Waltari
Editions Phébus libretto, page 36

lundi 26 octobre 2009

Connaissez-vous mon Andalouse, Jules Verne

Francesco Hayez 1791-1882, Carlotta Chabert as Venus
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Connaissez-vous mon Andalouse,
.
Connaissez-vous mon Andalouse,
Plus belle que les plus beaux jours,
Folle amante, plus folle épouse,
Dans ses amours, toute jalouse,
Toute lascive en ses amours!
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Vrai dieu ! de ce que j'ai dans l'âme,
Eussé-je l'enfer sous mes pas,
Car un mot d'amour de ma dame
A seul allumé cette flamme,
Mon âme ne se plaindra pas!
.
C'est que ma belle amante est belle,
Lorsqu'elle se mire en mes yeux!
L'étoile ne luit pas tant qu'elle,
Et quand sa douce voix m'appelle,
Je crois qu'on m'appelle des Cieux!
.
C'est que sa taille souple et fine
Ondule en tendre mouvement,
Et parfois de si fière mine,
Que sa tête qui me fascine
Eblouit comme un diamant!
.
C'est que la belle créature
Déroule les flots ondoyants
D'une si noire chevelure
Qu'on la couvre, je vous jure,
De baisers tout impatients!
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C'est que son oeil sous sa paupière
Lance un rayon voluptueux,
Qui fait bouillir en mon artère,
Tout ce que Vénus de Cythère
Dans son sein attise de feux!
.
C'est que sur ses lèvres de rose
Le sourire de nuit, de jour
Brille comme une fleur éclose
Et quand sur mon coeur il se pose,
Il le fait palpiter d'amour!
.
C'est que lorsqu'elle m'abandonne
Sa blanche main pour la baiser,
Que le ciel se déchaîne et tonne,
Que m'importe, - Dieu me pardonne,
Il ne peut autant m'embraser!
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C'est que sa bouche bien-aimée
Laisse tomber comme une fleur
Douce haleine parfumée,
Et que son haleine embaumée
Rendrait aux roses leur couleur!
.
C'est que sa profonde pensée
Vient se peindre en son beau regard,
Et que son âme est caressée,
Comme la douce fiancée
Quand l'amant vient le soir bien tard!
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Allons l'amour, les chants, l'ivresse!
Il faut jouir de la beauté!
Amie! oh que je te caresse!
Que je te rende, ô ma maîtresse,
Palpitante de volupté!
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Oh! viens! viens toute frémissante,
Qu'importe qu'il faille mourir,
Si je te vois toute expirante
Sous mes baisers, ma belle amante,
Si nous mourons dans le plaisir!
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Jules Vernes
«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard