« Les lois de la mer interdisent qu’on abandonne des naufragés.
On reviendra les chercher. »
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Basé sur des faits réels, le dernier roman d'Irène Frain, Les Naufragés de l'île Tromelin retrace de manière détaillée et largement documentée, l'histoire tragique et incroyable des rescapés du naufrage de l'Utile, un navire français échoué au large de l'île Tromelin et dont l'épave a récemment fait l'objet de sondages.
Parti de Bayonne, ce navire de la Compagnie des Indes Orientales transportait dans ses soutes une cargaison d'esclaves embarqués clandestinement lorsque dans la nuit du 31 juillet 1761, il heurte les côtes de l'île de Sable. Par une mer déchaînée, 122 marins et 88 esclaves d'origine malgache réussissent miraculeusement à atteindre la plage. Ils découvrent alors, une petite l'île corallienne inhospitalière, harcelée par les déferlantes, tourmentée par les ouragans, dénudée par les vents et surpeuplée d'oiseaux. Ils doivent très vite s'organiser, cohabiter et improviser pour survivre. C'est sous la direction de l'officier Castellan, que les esclaves et quelques marins acceptent le défi de construire une embarcation pour fuir cet enfer, mais une fois la prame achevée et faute de place, seuls les blancs embarquent, abandonnant lâchement derrière eux les 60 esclaves. Ce n'est que quinze années plus tard, le 29 novembre 1776 que la Dauphine commandée par l'enseigne de vaisseau de Tromelin revient sur les lieux du drame et découvre huit survivants, sept femmes et un enfant.
Une histoire passionnante, et même si j'ai des scrupules à le mentionner, et pour rester honnête, j'avoue avoir eu quelques difficultés à entrer dans ce roman que je ne regrette finalement pas d'avoir lu. Ceci-dit, je reste quand même sur ma faim. Que s'est-il passé sur cette île pendant ces 15 années? J'aurai été curieuse de connaître l'avis de l'auteur...
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Extrait
« Il avait prévu de quitter l’île le dernier, comme si s’était son bateau.
Plus le groupe des Blancs s’amaigrit, plus celui des Noirs lui paraît important et compact. Et plus le silence s’épaissit.
Silence de cimetière, qu’est-ce qu’on enterre ? Le diable ? La guigne de Lafargue ? Impossible.
Serait-ce alors que l’enfer partagé unit les humains plus étroitement que le paradis ? Et que ceux qui se sont découverts ensemble dans le miroir de la douleur ne savent pas comment se dire adieu ?
Mais non, ce silence, c’est tout simplement celui de la peur. Soixante hommes et femmes saisis en même temps de la même effroyable évidence : « Nous sommes seuls maintenant. Ils ne reviendront pas.»
Et personne pour crier, pour pleurer. La confiance s’est fendue mais ils se taisent, tous. Et tous, se tiennent droits.
Puis, l’instant de la dernière navette est arrivé. C’étaient des Noirs qui barraient les deux catamarans. Castellan, seul désormais au milieu d’eux, les a quittés sans parler. Pas la force. Tout juste s’il a pu esquisser un geste à l’adresse de la petite dont les yeux s’obstinaient à traquer son regard, et du type un peu dérangé qui lui collait toujours au train. Pour une fois, celui-là n’avait pas son tam-tam en main. Et de toute façon, depuis l’autre soir, il n’avait plus chanté, plus joué.
C’est aussi Castellan, une fois qu’il a rejoint la prame, qui a lancé au barreur noir le bout qui continuait de relier les deux embarcations. Sans trembler. A croire qu’il savait que l’histoire de l’île ne faisait que commencer. »
Irène Frain, Les Naufragés de l'île Tromelin aux Editions Michel Lafon*************
Je remercie chaleureusement les éditions Michel Lafon ainsi que Suzanne et
Chez les filles.