vendredi 16 octobre 2015

Une passion marocaine, Collection Pierre Bergé-YSL Vente au profit de la Fondation Jardin Majorelle

11 - Diadème aux Oiseaux Tâj, Maroc, Fès, 20e siècle
Estimation: 6000  - 8000 €

"Une passion marocaine"
Collection Pierre Bergé- Yves Saint Laurent 
Vente au profit de la Fondation Jardin Majorelle
31 Octobre 2015, au Palace Es Saadi de Marrakech

 MarrakechArtcurial dispersera la collection d’art islamique de Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, le 31 octobre prochain, dans les salons du Palace Es Saadi de Marrakech. La vente « Une Passion Marocaine » sera réalisée au profit de la Fondation Jardin Majorelle.

« Dès notre arrivée au Maroc, Yves Saint Laurent et moi avons été fascinés par l’art islamique et nous avons décidé de le collectionner. (…) La Fondation Jardin Majorelle que je préside met en vente aujourd’hui tous ces objets d’art islamique qui avaient été choisis avec soin. Le produit de cette vente permettra de continuer à embellir le jardin, à accueillir le mieux possible les visiteurs qui se sont élevés l’année dernière à près de 800 000, à contribuer au financement du musée Yves Saint Laurent qui ouvrira dans le nouvel espace culturel à proximité du jardin en 2017, à poursuivre des actions culturelles, éducatives et sociales que la Fondation Jardin Majorelle soutient au Maroc depuis sa création en 2011 » explique Pierre Bergé dans la préface du catalogue de la vente.

La collection rassemble près de 180 objets d’art marocain – armes, broderies, tissages, céramiques, bijoux, tapis, éléments d’architecture – qui furent exposés dans le Musée du Jardin Majorelle, avant que celui-ci ne se recentre exclusivement sur l’art berbère lors de sa rénovation en 2011. La vente comprendra également l’ensemble du mobilier créé par Bill Willis, l’architecte star de la jet-set de Marrakech, lors de la création du musée par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Aux 180 lots issus du Musée s’ajouteront plus de 50 meubles et tableaux provenant de la collection personnelle du couple de collectionneurs.

« Outre le fait de constituer un magnifique hommage au Maroc, cette vente a la particularité d'être un mix parfait entre la beauté des objets, la plus mythique des provenances et une affectation du produit de la vente généreuse et intelligente. On ne pouvait rêver mieux comme première vente au Maroc. » déclare François Tajan, Co-Président d’Artcurial et commissaire priseur de la vente.

«Nous sommes heureux d’organiser cette première vente au Maroc au sein du Palace Es Saadi, dirigé par Elisabeth Bauchet-Bouhlal, femme d’art et de lettres, initiatrice de nombreux évènements culturels. La trentaine d’oeuvres orientalistes et les 20 pièces de mobilier de la collection personnelle de Pierre Bergé Yves Saint Laurent qui s’ajouteront aux objets du musée, témoignent de leur goût aiguisé et précurseur ainsi que de leur passion pour le Maroc, qui a tant inspiré le couturier. » ajoute Olivier Berman, Directeur associé d’Artcurial, en charge du département orientaliste.

Cette vente d’Artcurial au Maroc aura lieu en même temps qu’une exposition des oeuvres de la collection African Spirit, qui sera elle dispersée le 9 novembre 2015 à Paris.

LA COLLECTION
La collection reflète le goût personnel de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent pour l’art islamique et la civilisation orientale. Dans toutes les spécialités, les objets ont été soigneusement choisis et devraient séduire un grand nombre d’amateurs avec des estimations allant de 300 à 30 000 €.

Tout le mobilier du musée, crée par l’architecte décorateur Bill Willis, sera également dispersé. Cet esthète fasciné par l’art islamique et le style hispano-mauresque, qui a inspiré le style bohème chic à la fin des années 60, a réalisé vitrines, bibliothèques et éléments de décor du musée. Dans le même esprit, une cinquantaine de meubles et tableaux provenant de la collection personnelle de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent seront également vendus.

18 - Parure de Tresses, Saclyk, Yomud, Turkestan, début 20e siècle
Estimation: 800  - 1000 €

22 - Ceinture de femme Hzâm, Maroc, Fès, début 19e siècle
Estimation: 700  - 800 €

38 - Deux tentures ou voiles de mariée, Maroc, Fès, fin 18e - début 19e siècle
Estimation: 2000  - 2200 €

40 - Encrier d'enlumineur à arcatures, Mejma, Maroc, Meknès, 19e siècle
Estimation: 1500  - 2000 €

41 - Lampe à huile à double rangée de godets, Mesbah, Algérie, 
Grande Kabylie, région centrale (Oudhaïas), fin du 19e - début 20e
Estimation: 3000  - 5000 €

50 - Plat bleu et blanc aux plumes et aux œillets, Mokhfia, Maroc, Fès, fin 17e siècle
Estimation: 3000  - 4000 €

58 - Jatte aux arabesques, Tarbouche, Maroc, Fès, première moitié du 18e siècle
Estimation: 2000  - 3000 €

85 - Caisson de plafond, Maroc, Meknès, 19e siècle
Estimation: 2000  - 3000 €

97 - Stalactites, Maroc, Meknès, 19e siècle
Estimation: 1200  - 1500 €

105 - Paire de jarres aux cercles et fleurons et leur couvercle, Khabia, Maroc, Fès, 19e siècle
Estimation: 5000  - 7000 €

181 - Georges Clairin 1843-1919 Le Garde du Palais
Estimation: 1500  - 2000

202 - École Francaise du XIXe siècle Scène de Café
Estimation: 2000  - 3000 €

235 - Attribué à Zaldo Barber scène de la Médina de Meknès
Estimation: 200  - 300 €

252 - André Suréda 1872-1930 Fumeur de Narguileh
Estimation: 800  - 1000 €

253 - École Européenne du 19e siècle Étude pour la Reine de Saba
Estimation: 1000  - 2000 €

2084. La fin du monde, Boualem Sansal

Etienne Dinet (1861-1929), La Caravane se dirigeant vers Ghardaia

Quatrième de couverture
  L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
  Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
  Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

  Née en 1949, Boualem Sansal vit à Boumerdès, près d'Alger. Son œuvre a été récompensée par de nombreux et prestigieux prix littéraires, en France et à l'étranger. Gallimard

Extrait
  Le ghetto de Qodsabad avait un charme certain alors même qu'il était dans un état épouvantable, pas une bâtisse ne tenait debout par elle-même, des forêts de béquilles et d'attelles assemblées à la diable les maintenaient péniblement en équilibre. Partout, des montagnes de gravats racontaient des effondrements récents et d'autres anciens, et dans les deux cas des malheurs injustes. Des enfants haillonneux jouaient à la grimpette et fouillaient les décombres à la recherche d'un truc à vendre. La saleté avait trouvé son royaume, en maints endroits les ordures s'amoncelaient jusqu'aux toits des maisons, ailleurs elles tapissaient le sol jusqu'aux genoux. L'enfouissement ayant atteint ses limites depuis longtemps, on ne pouvait ni les évacuer ni les brûler (le ghetto serait parti en fumée avec sa population) et donc elles s'entassaient à l'air libre, poussées de-ci de-là par le vent et ainsi le ghetto s'élevait sur ses ordures et ses remblais. L'obscurité régnait de jour comme de nuit. A l'absence de courant électrique l'enfermement ajoutait son sinistre effet, de même que l'étroitesse des rues, l'urbanisme chaotique, les destructions, les beuglements des cornes d'alarme, les bombardements intempestifs, les heures lourdes passées dans les abris, et le reste qui prolifère dans les villes assiégées. Tout cela assombrissait la vie et lui mettait des freins puissants. Il n'empêche, il y avait de l'entrain, il y avait une culture de la résistance, une économie de la débrouille, un petit monde qui s'agitait sans répit et trouvait le moyen de survivre et d'espérer. La vie ne faisait pas que passer, elle cherchait, s'accrochait, inventait, affrontait toutes sortes de défis et recommençait autant qu'il était humainement possible. Il y aurait beaucoup à dire sur le ghetto, ses réalités et ses mystères, ses atouts et ses vices, ses drames et ses espoirs, mais réellement la chose la plus extraordinaire, jamais vue à Qodsabad, était celle-ci : la présence des femmes dans les rues, reconnaissables comme femmes humaines et non comme ombres filantes, c'est-à-dire qu'elles ne portaient ni masque ni burniqab et clairement pas de bandages sous leurs chemises. Mieux, elles étaient libres de leurs mouvements, vaquaient à leurs tâches domestiques dans la rue, en tenues débraillées comme si elles étaient dans leurs chambres, faisaient du commerce sur la place publique, participaient à la défense civile, chantaient à l'ouvrage, papotaient à la pause et se doraient au faible soleil du ghetto car en plus elles savaient prendre du temps pour s'adonner à la coquetterie. Ati et Koa étaient si émus lorsqu'une femme les approchait pour leur proposer quelque article qu'ils baissaient la tête et tremblaient de tous leurs membres. C'était le monde à l'envers, ils ne savaient comment se tenir. Les reconnaissant pour ce qu'ils étaient, des empotés d'Abistani ne connaissant que l'abilang, elles leurs parlaient leur patois, un baragouin très chuintant, appuyant la parole de gestes précis, agitant d'une main l'article à vendre et de l'autre indiquant avec les doigts le nombre de rils à compter pour l'avoir tout en lançant des regards malins au public comme si elles sollicitaient ses applaudissements.



samedi 5 septembre 2015

Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910

Edouard Manet, La Prune, 1877, huile sur toile, 74 x 50 cm © National Gallery of Art Washington DC, USA
Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910
du 22 septembre 2015 au 17 janvier 2016

  Première grande manifestation consacrée au thème de la prostitution, cette exposition tente de retracer la façon dont les artistes français et étrangers, fascinés par les acteurs et les lieux de ce fait social, n'ont cessé de rechercher de nouveaux moyens picturaux pour en représenter réalités et fantasmes.

 De L'Olympia de Manet à L'Absinthe de Degas, des incursions dans les maisons closes de Toulouse-Lautrec et Munch aux figures audacieuses de Vlaminck, Van Dongen ou Picasso, l'exposition s'attache à montrer la place centrale occupée par ce monde interlope dans le développement de la peinture moderne. Le phénomène est également appréhendé dans ses dimensions sociales et culturelles à travers la peinture de Salon, la sculpture, les arts décoratifs et la photographie. Un riche matériau documentaire permet enfin d'évoquer le statut ambivalent des prostituées, de la splendeur des demi-mondaines à la misère des "pierreuses".


Pablo Picasso (1881-1973) La Buveuse d’Absinthe, 1901 Huile sur toile
 65,5 x 51 cm Collection particulière Photo : Succession Picasso 2011

Édouard Manet, La Serveuse de bocks, 1878-1879, Huile sur toile,
 77 x 64,5 cm. © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Edgar Degas, Dans un café (L’absinthe), 1873 Huile sur toile. 
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowsk

Giovanni Boldini, Scène de fête au Moulin Rouge, vers 1889, Huile sur toile, 
96,5 x 104,4 cm. © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Henri de Toulouse-Lautrec Au Moulin Rouge © The Art Institute of Chicago

Amado Mio, Pink Martini

Storm Large
Amado Mio, Storm Large

lundi 31 août 2015

Ce pays qui te ressemble, Tobie Nathan

Viktor Alexeevich Bobrov (1842-1918), Esther

Quatrième de couverture
   C’est dans le ghetto juif du Caire que naît, contre toute attente, d’une jeune mère flamboyante et d’un père aveugle, Zohar l’insoumis. Et voici que sa sœur de lait, Masreya, issue de la fange du Delta, danseuse aux ruses d’enchanteresse, le conduit aux portes du pouvoir. Voici aussi les mendiants et les orgueilleux, les filous et les commères de la ruelle, les pauvres et les nantis, petit peuple qui va roulant, criant, se révoltant, espérant et souffrant.

  Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l’Égypte : grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l’apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l’Égypte sous la poussée des Frères musulmans, première éruption d’un volcan qui n’en finit pas de rugir… C’est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d’Hollywood. La naissance d’un monde moderne, pris entre dieux et diables. 

Biographie
  Ethnopsychiatre, disciple de Georges Devereux, professeur de psychologie, quelque temps diplomate, Tobie Nathan est également essayiste et romancier. Il a publié, entre autres, La Nouvelle Interprétation des rêves (Odile Jacob, 2011) et Ethno-roman (Grasset), prix Femina de l’essai 2012.

Extrait
  On installa Jinane à la belle poitrine dans un large canapé d'osier. Dans un bras, elle tenait Masreya, l'enfant du Nil, qui s'était assoupie; les tantes d'Esther installèrent le garçon qui n'avait pas encore de nom dans l'autre bras. Il s'empara fiévreusement du sein et se nourrit ainsi, une heure d'affilée, sans s'arrêter. Motty, son père, debout, appuyé sur une canne, ne cessait de psalmodier en hébreu ce vers du Cantique: «Ton sein est une coupe arrondie, où ne manque pas le vin parfumé. Ton corps, entouré de lys, est un pain de froment.»
  La nouvelle du prodige se répandit à la vitesse de la parole. Il se forma un attroupement devant la porte de l'épicerie. La tante Maleka sortait offrir des dattes en criant: « C'est un prodige, un grand prodige! » Jamais un quartier du Caire ne s'était enthousiasmé devant la tétée d'un bébé.
  Jusqu'au coucher, l'enfant se nourrit encore trois fois au sein d'abondance. Il s'emparait d'un mamelon, la petite Masreya de l'autre, et les mains des deux enfants quelques fois se touchaient. On aurait pu penser à deux amants pénétrant au paradis en se tenant par la main. La nuit était avancée lorsqu'on le coucha, repu, dans les bras d'Esther, sa mère.
  Jinane était hébergée dans la plus grande maison de la famille, celle de la tante Maleka et de son mari Yakoub, que l'on appelait Poupy. Elle se sentait à l'abri dans le ghetto. Elle savait que nul ne viendrait la chercher au royaume des exclus. Elle se disait que, là, sa fille ne courait aucun danger, dans l'ignorance de sa famille, les paysans ombrageux du Delta, à l'abri de l’œil envieux des femmes de la rue Ma'rouf, loin des fureurs prévisibles de la rue Abdine et de son maître, Abdel Wahab. Et les femmes juives de la rue, le cœur gonflé de reconnaissance, la traitaient comme une princesse. Tous les jours, elles lui présentaient des plats dont elles avaient le secret, la soupe de blé au lait, d'abord, celle qu'on réserve aux nouvelles accouchées, puis les courgettes farcies de viande, que l'on disait « italiennes », de la viande de veau en ragoût qu'elle n'avait jamais goûtée ailleurs et qu'ils appelaient « séfrito », du riz aux lentilles et à l'aneth et, bien sûr, les multiples préparations de foul, les fèves séchées, la délicieuse nourriture du petit peuple d'Egypte. Entre les repas, elles faisaient assaut de petits gâteaux, feuilletés aux noisettes dégoulinant de miel, bouchées de pâtes fourrées à la purée de dattes ou rondelles blanches de sucre, comme la pleine lune, et fendues comme les fesses des femmes. Stock


Mon coup de cœur de cette rentrée littéraire 2015
Merci à Elisabeth de la librairie

mercredi 19 août 2015

Beautés marocaines, Zinaïda Serebriakova

Zinaïda Serebriakova (1884-1967), Girl in Pink

Young Moroccan

The Jewish girl from Sefrou

Illuminated by the sun

Moor

Woman raising her veil

A Moroccan Woman

Portrait of a Girl of Marrakech

Moroccan woman in pink dress

Moroccan woman in white

Figures in the doorway

In the courtyard

Marrakech

Two Moroccan

A young woman in a white headdress
***

Photos du Maroc, Nicolás Muller (1913-2000)

Nicolás Muller (1913-2000), Fête du Mouloud I – Al Mawlid I [Mouloud festival I] Tangier, Morocco, 1942 © Nicolás Muller
Encore peu connu en France, Nicolás Muller (Orosháza, Hongrie, 1913-Andrín, Espagne, 2000) est l’une des grandes figures de la photographie sociale hongroise. Comme plusieurs de ses compatriotes photographes — Eva Besnyö, Brassaï, Robert Capa, André Kertész et Kati Horna — Nicolás Muller a connu l’exil.

Issu d’une famille juive bourgeoise, il fuit les régimes répressifs des pays européens à mesure qu’il les traverse. D’abord à Paris, puis au Portugal, en passant par le Maroc et finalement l’Espagne, son parcours professionnel et personnel est marqué par les traces de l’exil.

Formé au hasard de ses rencontres et de ses expériences, les photographies de Nicolás Muller, des années 1930 sont marquées par un style documentaire « humaniste » qui révèle une grande sensibilité pour le monde ouvrier et les classes sociales les plus démunies (commune à une grande partie des photographes hongrois de l’époque).

La représentation du monde du travail est sans doute un point de départ important dans sa carrière. Indépendamment des contextes sociaux et politiques du pays où il se trouve, il photographie les ouvriers agricoles, les dockers des ports de Marseille et de Porto, les enfants des rues, les marchands ambulants à Tanger, la vie des campagnes et, plus tard, les célébrités de Madrid.

L’exposition du Château de Tours réunit, pour la première fois en France, une centaine d’images et de documents issus des archives conservées par sa fille Ana Muller et sélectionnées par Chema Conesa. Elle retrace de façon chronologique le parcours de ce photographe pour qui l’horizon a longtemps été provisoire.

Nicolás Muller reçoit son premier appareil photographique à l’âge de treize ans. Il voit immédiatement dans la photographie le pouvoir de rendre visible une certaine idée du monde et des gens. Il partage cette passion pour la photographie avec ses études de droit et de sciences politiques à l’université de Szeged. Son appareil et le sentiment de pouvoir traduire l’aventure de vivre seront les deux constantes qui façonneront à la fois l’homme et l’artiste.

« J’ai appris que la photographie peut être une arme, un document authentique de la réalité. […] Je suis devenu une personne et un photographe engagés. »

Alors qu’il est encore étudiant, il parcourt pendant quatre ans la plaine hongroise à pied, en train ou à bicyclette. De ses pérégrinations, il capte des portraits, des intérieurs de maisons, des épisodes de la vie rurale ou de celle des ouvriers qui construisent les digues de la rivière Tisza.

Ses premiers travaux sont très nettement centrés sur la ruralité de la Hongrie – qui lors du Traité de Versailles (1920) se voit amputée d’une partie importante de ses terres. L’esthétique avant-gardiste — avec la diagonalisation des images et la prise de vue en plongée ou en contreplongée — fait partie de son carnet de voyage initiatique.

Suite à l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938), la Hongrie s’aligne sur la politique allemande. Nicolás Muller décide de partir pour poursuivre sa carrière de photographe. Il arrive à Paris en 1938 et entre en contact avec d’autres artistes hongrois comme Brassaï, Robert Capa et André Kertész. Il travaille pour plusieurs organes de presse : Match, France Magazine, Regards… dans lesquels il publie notamment une série de clichés sur le monde ouvrier de Marseille et de Hongrie. On retrouve également ces thèmes lors de son court séjour au Portugal (où il est emprisonné puis expulsé sous la dictature du général Salazar).

Grâce à son père, resté en Hongrie et proche du Rotary Club International, il parvient à obtenir un visa pour Tanger. Des juifs de toute l’Europe centrale affluent alors dans cette ville. Tanger le plonge dans un état créatif presque fébrile : « Les yeux, les mains et tout mon être me démangeaient de l’envie d’aller partout pour prendre des photographies. » Il fait alors inlassablement le portrait de cette ville où il doit apprendre à apprivoiser un nouvel élément : l’excès de lumière.

Parallèlement, Nicolás Muller collabore à l’illustration de quelques livres comme Tanger por el Jalifa ou Estampas marroquis. Le Haut Commissariat d’Espagne au Maroc lui commande également des chroniques sur les villes de la « zone espagnole ».

Après un séjour de 7 ans à Tanger – qu’il qualifie d’ « années les plus heureuses de ma vie » il décide de s’installer à Madrid avec l’envie de reprendre son travail de photojournaliste, de poursuivre son exploration des régions espagnoles, d’exposer et de publier ses ouvrages.

Son studio madrilène se fait connaître.Il fréquente les écrivains, les philosophes et les poètes du légendaire Café Gijón et ceux de la Revista d’Occidente. Ainsi, il prend part activement à la vie clandestine de l’intelligentsia espagnole et réalise de nombreux portraits de ses amis artistes, comme les écrivains : Pío Baroja, Camilo José Cela, Eugeni d’Ors ou Ramón Pérez de Ayala, le pianiste Ataúlfo Argenta, ou encore le torero Manolete peu de temps avant sa mort.

Nicolás Muller prend sa retraite à l’âge de 68 ans.
Au début des années 1980, il s’installe à Andrín (aux Asturies) où il meurt en 2000.

Nicolás Muller (1913-2000), Fête du Mouloud II – Al Mawlid I [Mouloud festival I] Tangier, Morocco, 1942 © Nicolás Muller

Nicolás Muller (1913-2000), Tánger, Marruecos [Tangier, Morocco] 1942 © Nicolás Muller

Nicolás Muller (1913-2000), Marché de nattes de paille [Straw mats at the market] Tangier, Morocco, 1944 © Nicolás Muller

Nicolás Muller (1913-2000), Danseuse [Dancer] Larache, Maroc, 1942 © Nicolás Muller

Fragonard amoureux. Galant et libertin

Jean-Honoré Fragonard, "Le Colin-Maillard", vers 1754-1756, huile sur toile, 116,8 x 91,4 cm,
Toledo, toledo Museum of Art, don Edward Drummond Libbey, © Toledo Art Museum
Fragonard amoureux. Galant et libertin
du 16 septembre 2015 au 24 janvier 2016
***

  L’inspiration amoureuse parcourt l’œuvre de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). Se faisant tour à tour galante, libertine, audacieusement polissonne ou au contraire ouverte à une nouvelle éthique amoureuse, celle-ci ne cesse en effet de mettre en scène la rencontre des corps et la fusion des âmes. Inaugurée au mitan du XVIIIème siècle par des bergeries nourries des derniers feux de la galanterie, cette inlassable exploration de la sensualité et du sentiment s’épanouit par la suite au travers de voies contrastées, le « Divin Frago » s’illustrant avec autant de subtilité dans des œuvres « secrètes », scènes d’alcôve à la sensualité affirmée, que dans la célébration d’un amour sincère et moralisé. Réunissant peintures, dessins et ouvrages illustrés, au contenu érotique parfois explicite, l’exposition du Musée du Luxembourg met pour la première fois en lumière l’œuvre de Fragonard à travers ce prisme amoureux, la resituant à la croisée des préoccupations esthétiques et morales du siècle des Lumières.


Jean-Honoré Fragonard, "Le Verrou", vers 1777-1778, huile sur toile, 74 x 94 cm,
 Paris, musée du Louvre, département des Peintures, © Photo Rmn-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet

Jean-Honoré Fragonard, "L'Enjeu perdu ou Le Baiser gagné", vers 1759-1760, huile sur toile, 48,3 x 63,5 cm, New York, 
The Metropolitan Museum, don de Jessie Woolworth Donahue, 1956, © The Metropolitan Museum of Art, dist. Rmn-Grand Palais / image of the MMA

Jean-Honoré Fragonard, "La Résistance inutile", vers 1770-1773, huile sur toile, 45 x 60 cm,
 Stockholm, Nationalmuseum, © Nationalmuseum, Stockholm

«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard