vendredi 25 septembre 2009

Adieux de l'hôtesse arabe, Victor Hugo

Friedrich von Amerling 1803-1887, Le pigeon voyageur
~~~
Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays,
Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,
Ni le repos, ni l'abondance,
Ni de voir à ta voix battre le jeune sein
De nos soeurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim
Couronne un coteau de sa danse,
.
Adieu, voyageur blanc! J'ai sellé de ma main,
De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin,
Ton cheval à l'oeil intrépide;
Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à voir,
Ferme, ronde et luisante ainsi qu'un rocher noir
Que polit une onde rapide.
.
Tu marches donc sans cesse! Oh! que n'es-tu de ceux
Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux
Leur toit de branches ou de toiles!
Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits,
Et souhaitent, le soir, devant leur porte assis,
De s'en aller dans les étoiles!
.
Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous,

Ô jeune homme, eût aimé te servir à genoux
Dans nos huttes toujours ouvertes;
Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants,
Pour chasser de ton front les moucherons méchants,
Un éventail de feuilles vertes.
.
Mais tu pars! - Nuit et jour, tu vas seul et jaloux.
Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux
Une poussière d'étincelles;
A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit,
Les aveugles démons qui volent dans la nuit
Souvent ont déchiré leurs ailes.
.
Si tu reviens, gravis, pour trouver ce hameau,
Ce mont noir qui de loin semble un dos de chameau;
Pour trouver ma hutte fidèle,
Songe à son toit aigu comme une ruche à miel,
Qu'elle n'a qu'une porte, et qu'elle s'ouvre au ciel
Du côté d'où vient l'hirondelle.
.
Si tu ne reviens pas, songe un peu quelquefois
Aux filles du désert, soeurs à la douce voix,
Qui dansent pieds nus sur la dune;
Ô beau jeune homme blanc, bel oiseau passager,
Souviens-toi, car peut-être, ô rapide étranger,
Ton souvenir reste à plus d'une!
.
Adieu donc ! - Va tout droit. Garde-toi du soleil

Qui dore nos fronts bruns, mais brûle un teint vermeil;
De l'Arabie infranchissable;
De la vieille qui va seule et d'un pas tremblant;
Et de ceux qui le soir, avec un bâton blanc,
Victor Hugo.





L'Oiseleur des Longchamps chante une mélodie de Bizet
sur un texte de Victor Hugo: les adieux de l'hôtesse arabe.
Capté en concert le 14 mai 2009 à la
Villa Médicis.

5 commentaires:

  1. La musique de fond de ton blog m´empèche d´ecouter ton tag . Comment faire poue l´enlever?

    Grosses bises de Málaga.

    RépondreSupprimer
  2. Ma chère Annick, il te suffit de couper le son en cliquant sur le bouton du gadget Musique, et la musique s'arrêtera... (et tu pourras la remettre en appuyant sur le même bouton)!
    Bisous et très belle soirée!

    RépondreSupprimer
  3. Un autre magnifique tableau de Friedrich von Amerling , illustrant ce Poème ´
    evocateur de Victor Hugo...Sa lecture te transporte sous d'autres cieux , en d'autres temps.. mais c'est toujours d'amour ou de "désamour" dont il est question...
    et ce pigeon complice, tel un petit Éros...
    Doux rêves , ma belle Kenza et très bon Week-end.. à demain, peut-être...

    Mille et un bisous... Pour toi, pour tous..

    RépondreSupprimer
  4. Merci beaucoup ma chère Selma pour tes adorables commentaires que j'attends tous les soirs! Ils me donnent ta vision des choses et me permettent de m'assurer que mon message est bien passé...
    Gros bisous et très belle soirée

    RépondreSupprimer
  5. Kenza ma chérie, te dire que je réserve pour toi toute seule ces moments de la Soirée et que je m'y plonge, abandonnant tout le reste.. C'est un vrai bonheur pour moi que de prendre ce thé au Jasmin en ta compagnie... et de me perdre dans ce labyrinthe ;-)
    Mille bisous et bonne, très bonne nuit...

    RépondreSupprimer

«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard