vendredi 20 mai 2011

Sensualité, Jean Moréas

George Frederic Watts (1817-1904), Clytie
*** 
N'écoute plus l'archet plaintif qui se lamente
Comme un ramier mourant le long des boulingrins ;
Ne tente plus l'essor des rêves pérégrins
Traînant des ailes d'or dans l'argile infamante.

Viens par ici : voici les féeriques décors,
Dans du Sèvres les mets exquis dont tu te sèvres,
Les coupes de Samos pour y tremper tes lèvres,
Et les divans profonds pour reposer ton corps.

Viens par ici : voici l'ardente érubescence
Des cheveux roux piqués de fleurs et de béryls,
Les étangs des yeux pers, et les roses avrils
Des croupes, et les lis des seins frottés d'essence

Viens humer le fumet et mordre à pleines dents
A la banalité suave de la vie,
Et dormir le sommeil de la bête assouvie,
Dédaigneux des splendeurs des songes transcendants.

Jean Moréas

8 commentaires:

  1. Le dernier quatrain est vraiment magnifique. A lire et à relire! Merci ma belle et joyeuse fin de semaine.

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  2. En effet quelle superbe sensualité!

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  3. visiblement, les sens ne sont pas alités...

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  4. Très belle sensualité bien douce.

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  5. Délicieux, ma chère Kenza.

    Bon week-end.

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  6. Oui, c'est un vrai délice ...
    je prends tout !

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«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard