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jeudi 23 août 2012

Infidèles, Abdellah Taïa

« Un arbre vient d’être coupé de la terre. Et du ciel. 
Sa chute a provoqué un tremblement des signes et des étoiles. »

Quatrième de couverture
Slima est une prostituée marocaine. Son fils Jallal est très attaché à elle. Il l'aide à attraper les hommes, les clients, les soldats d'une base militaire. Il parle et se bat à sa place. Ensemble, ils découvrent à la télévision Marilyn Monroe, en tombent amoureux et en font leur déesse protectrice. Des années 80 à la fin des années 90, nous suivons leurs deux destins en parallèle, de la ville de Salé jusqu'au Caire, de Bruxelles à Casablanca. Purs et impurs, cette mère et son fils réinventent continuellement le sens profond de leur vie mouvementée et de leur attachement pour le Maroc, fait d'amour et de haine. Etape après étape, ils redécouvrent leur religion, l'islam, et la vivent d'une manière inédite. Ils iront jusqu'au bout de cette voie. La tombe du prophète Mohammed à Médine pour elle. L'explosion sublime pour lui.

Abdellah Taïa a publié trois romans au Seuil qui sont traduits ou en cours de traduction en Espagne, Hollande, Italie, Suède, Roumanie et aux États-Unis. Il a également dirigé la publication de Lettres à un jeune Marocain (Seuil, 2009). Par ces livres et par ses prises de position publiques, à visage découvert pour défendre l’homosexualité et la liberté des personnes dans son pays, il est devenu une sorte d’icône au Maroc et dans les pays musulmans, violemment attaqué par les islamistes et encensé par les jeunes et les modernistes.

Extrait
  Je m’appelle Jallal.
 Ma mère Slima, avant la nuit, juste au tout début de la nuit, m’a initié au mystère de cette femme en feu, en flammes. Une actrice. Un être seul. Nu. Entre la terre et le ciel. En voyage. Une prophétesse. Une poétesse. Une ignorante. Une inspirée. Une dévergondée entourée d’amour. Une comédienne qui se montre trop et cache l’essentiel, une âme pure, des larmes interminables. Elle vient d'Amérique. Mais elle n'est pas seulement américaine. Elle parle anglais et, dans mes oreilles, mon cœur, c’est comme si c’était de l’arabe.
  Je n’ai pas vu d’autres films avec elle.
  Cette nuit-là, pendant que River of No Retern passait sur notre télévision, ma mère n’a pas arrêté une seule seconde de pleurer.
  Je comprenais cette identification. Il n’y a pas que le sang qui lie les êtres. Les âmes se rencontrent, se reconnaissent et se parlent même quand les mers, les océans les séparent. Elles dépassent ces barrières insignifiantes. Elles marchent sur les eaux. Volent au ciel. Discutent avec les prophètes. Récitent soudain, sans jamais les avoir appris auparavant, des poèmes sacrés, soufis, écrits il y a des siècles et des siècles. Psalmodient le Coran, la Bible et Les Mille et Une Nuits.
  Les âmes se regardent. Elles sont une.
  Ma mère, cette nuit-là, s’appelait Marilyn. Elle était mécréante comme elle. Malheureuse comme elle. Une pute. Une servante. Une déesse. Elle se cachait. River of No Retern me révélait ma mère autrement. Elle n’était pas seulement ma mère. Elle n’était pas qu’à moi. Elle était la mère des autres aussi. La mère, la sœur jumelle de Marilyn.
  Le cinéma a été inventé pour cela. Nous faire voir nos mère sous un nouveau jour. Les avoir pour toujours. Les partager sans aucune réticence. Sans aucune jalousie.
  Je m’appelle Jallal.
  Je suis le fils de Marilyn Monroe.
Editions du Seuil

jeudi 4 novembre 2010

Le Prix de Flore 2010 décerné à Abdellah Taïa pour "Le jour du roi"


Le Prix de Flore 2010 a été décerné jeudi à Abdellah Taïa pour "Le jour du roi" (Seuil), un roman fort et terrible sur le Maroc de Hassan II au travers d'une amitié amoureuse qui tourne à la jalousie sociale.

Le jury a choisi Abdellah Taïa au deuxième tour, par 7 voix contre 5 à Ann Scott pour "A la folle jeunesse" (Stock), ont précisé les organisateurs.

Créé en 1994 par l'écrivain et chroniqueur Frédéric Beigbeder, le Prix de Flore, du nom du célèbre café de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, distingue plus particulièrement de jeunes auteurs.

Le prix devait être remis au lauréat jeudi soir au Flore.

Abdellah Taïa est né en 1973 à Rabat. Il a publié au Seuil "L?Armée du salut" (2006), "Une mélancolie arabe" (2008), "Lettres à un jeune Marocain" (2009). Il a co-écrit avec Frédéric Mitterrand "Maroc 1900-1961, un certain regard" (Actes Sud, 2007). Ses livres sont traduits dans plusieurs langues. Il vit à Paris depuis 1999.

Le roman se déroule en 1987 dans un Maroc qui vit encore dans la peur. Le roi Hassan II va passer entre Rabat et Salé. Perdus au milieu de la foule, deux amis, Omar et Khalid, un pauvre et un riche, l?attendent. Le riche a été choisi pour aller baiser la main du souverain. L?autre est jaloux. La guerre des classes est déclarée. Elle se terminera dans le sang.

L'an dernier, le Prix de Flore avait couronné Simon Liberati pour son roman "L'hyper Justine" (Flammarion). En 1996, il avait été décerné à Michel Houellebecq pour "Le sens du combat" (Flammarion) et en 1998 à Virginie Despentes pour "Les jolies choses" (Grasset). AFP

Voir mon précédent billet ICI
«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard