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jeudi 20 mars 2014

Printemps, Rainer Maria Rilke

Louis Devedeux  (1820-1874), The Siesta
Ô mélodie de la sève
qui dans les instruments
de tous ces arbres s'élève -,
accompagne le chant
de notre voix trop brève.

C'est pendant quelques mesures
seulement que nous suivons
les multiples figures
de ton long abandon,
ô abondante nature.

Quand il faudra nous taire,
d'autres continueront...
Mais à présent comment faire
pour te rendre mon
grand cœur complémentaire ?

Rainer Maria Rilke, Printemps - Extrait de Poèmes en langue française

dimanche 29 décembre 2013

Concert d’anges, Edgar Maxence

Edgar Maxence, Concert d’anges, 1897 musée de Beauvais. photo Rmn
Ce soir mon cœur fait chanter
des anges qui se souviennent...
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
à ne plus revenir ;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s'unir ?

 Rainer Maria Rilke   

mardi 12 novembre 2013

Venise, Maurice Prendergast

 Maurice Prendergast (1858-1924), The Grand Canal, Venice
***
Matin à Venise
Pour Richard Beer-Hofmann

Royalement choyées, les fenêtres toujours
voient ce qui quelquefois suscite notre effort :
la ville, qui ne cesse, à l’heure où un reflet
de ciel affleure à un soupçon de flot,

de se former, bien qu’elle ne soit pas.
Chaque matin en premier lieu doit lui montrer
les opales dont elle était parée la veille,
et tirer du canal des gammes de reflets,
lui rappeler des temps perdus : elle consent
alors à elle-même et soudain se souvient

comme une nymphe qui accueillit Zeus.
Les boucles à son ouïe résonnent ;
mais elle érige San Giorgio Maggiore
et sourit, nonchalante, à cette belle chose.

Rainer Maria Rilke, Nouveaux Poèmes Traduction Jacques Legrand
***
Saint Mark's, Venice 

Umbrellas in the rain

Marble Bridge

Venetian Palaces on the grand canal

Venetian Canal Scene

Venice

Grand Canal, Venice

Venice 

samedi 7 avril 2012

Une rose seule, c'est toutes les roses, Rainer Maria Rilke

Marie Felix Hippolyte Lucas (1854-1925), Beauty in Pink

Une rose seule, c'est toutes les roses
et celle-ci : l'irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

Rainer Maria Rilke

mardi 13 décembre 2011

Cette lumière peut-elle, Rainer Maria Rilke

Howard Pyle (1853-1911) , Why Seek Ye the Living in the Place of the Dead
***
Cette lumière peut-elle
tout un monde nous rendre ?
Est-ce plutôt la nouvelle
ombre, tremblante et tendre,
qui nous rattache à lui ?
Elle qui tant nous ressemble
et qui tourne et tremble
autour d'un étrange appui.
Ombres des feuilles frêles,
sur le chemin et le pré,
geste soudain familier
qui nous adopte et nous mêle
à la trop neuve clarté.

Rainer Maria Rilke

jeudi 1 décembre 2011

Le silence uni de l'hiver, Rainer Maria Rilke

Louis Icart (1888-1950), Les Frileux
***
Le silence uni de l'hiver
est remplacé dans l'air
par un silence à ramage ;
chaque voix qui accourt
y ajoute un contour,
y parfait une image.

Et tout cela n'est que le fond
de ce qui serait l'action
de notre coeur qui surpasse
le multiple dessin
de ce silence plein
d'inexprimable audace.

Rainer Maria Rilke

lundi 18 avril 2011

Elle passe des heures émues, Rainer Maria Rilke

Claude-Marie Dubufe (1790-1864), La surprise
***
Elle passe des heures émues
appuyée à sa fenêtre,
tout au bord de son être,
distraite et tendue.

Comme les lévriers en
se couchant leurs pattes disposent,
son instinct de rêve surprend
et règle ces belles choses

que sont ses mains bien placées.
C'est par là que le reste s'enrôle.
Ni les bras, ni les seins, ni l'épaule,
ni elle-même ne disent : assez !

Rainer Maria Rilke

mardi 30 novembre 2010

De ton rêve trop plein, Rainer Maria Rilke

Charles Chaplin (1825-1891), A song Silenced
***
De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

Rainer Maria Rilke

mercredi 23 juin 2010

Rainer Maria Rilke, Verger XV

Marco Liberi (c.1640-after 1687),  Jupiter and Mnemosyne
°°°
Sur le soupir de l'amie
toute la nuit se soulève,
une caresse brève
partout le ciel ébloui.

C'est comme si dans l'univers
une force élémentaire
redevenait la mère
de tout amour qui se perd.

Rainer Maria Rilke
Poèmes en langue française, Verger XV

mardi 11 mai 2010

Sur le soupir de l'amie, Rainer Maria Rilke

John William Godward (1861-1922), Dolce far Niente
***
Sur le soupir de l'amie
toute la nuit se soulève,
une caresse brève
parcourt le ciel ébloui.

C'est comme si dans l'univers
une force élémentaire
redevenait la mère
de tout amour qui se perd.

Rainer Maria Rilke

vendredi 5 février 2010

Ce soir mon cœur fait chanter, Rainer Maria Rilke

Giovanni di Paolo 1417-1482, Cinq anges dansant
Crédit photo: Domaine de Chantilly/Harry Bréjat
o-o-o
Ce soir mon cœur fait chanter
des anges qui se souviennent...
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,
.
monte et se décide à ne plus revenir;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s'unir?
.
Rainer Maria Rilke

jeudi 14 janvier 2010

Aubade orientale, Rainer Maria Rilke

Antonio Ambrogio Alciati 1878–1929, Le Baiser
~~~~~
Ce lit n’est-il pas comme un rivage,
une bande littorale où nous sommes couchés?
Rien n’est sûr comme la saillie de tes seins
qui émergent du vertige de mes sens.
.
Car cette nuit où tant de cris retentirent
-bêtes qui s’appellent et se déchirent-
ne nous est-elle pas atrocement étrangère?
et ce qui dehors se lève, qu’on nomme le jour,
nous est-il donc plus accessible qu’elle?
.
On devrait pouvoir s’enfouir
l’un dans l’autre s’emboîter
tels les pistils et les étamines;
à tel point partout grandit
et se jette contre nous la démesure.
.
Mais pendant qu’on se serre l’un dans l’autre
pour ne pas voir le péril tout autour
elle peut jaillir de toi ou de moi
car nos âmes vivent de trahir.
.
Rainer Maria Rilke

lundi 4 janvier 2010

Dame au balcon, Rainer Maria Rilke

Francesco Hayez 1791-1882, Odalisque
~~~~~~~~
Soudain elle apparaît, enveloppée de vent,
claire dans la clarté, arrachée, semble-t-il,
et sa chambre, taillée en biseau,
remplit la porte derrière elle,

sombre comme le champ d’un camée
dont les bords sont frangés de lumière ;
et tu as l’impression que le soir n’était pas
avant qu’elle apparût pour, sur la balustrade,

déposer encore un peu d’elle-même :
les mains encore- afin d’être légère :
comme offerte au ciel par les files
de maisons, mobile à tous les vents

Rainer Maria Rilke
Nouveaux Poèmes ( Traduction Jacques Legrand)

dimanche 18 octobre 2009

Il suffit que, sur un balcon, Rainer Maria Rilke

Henri Varrene 1860-1933, Bacchante dansant (Bronze)
Exposition: Le corps sublimé, le corps martyrisé
~¤~¤~¤~
Il suffit que, sur un balcon
ou dans l'encadrement d'une fenêtre,
une femme hésite ..., pour être
celle que nous perdons
en l'ayant vue apparaître.
.
Et si elle lève les bras
pour nouer ses cheveux, tendre vase:
combien notre perte par là
gagne soudain d'emphase
et notre malheur d'éclat!
.
Rainer Maria RILKE

mercredi 2 septembre 2009

Psyché et l'Amour

Psyché et l'Amour, Musée du Louvre
~~~~~
"L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme,
de devenir soi-même un monde, pour l'amour de l'être aimé."
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

~~~~~

mardi 16 juin 2009

La danse des abeilles

" Nous sommes les abeilles de l'Univers.
Nous butinons éperdument le miel du visible pour
l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible."
Rainer Maria Rilke

mardi 10 juin 2008

Rainer Maria Rilke

Nous n'avons aucune raison de nous méfier du monde, car il ne nous est pas contraire. S'il y est des frayeurs, ce sont les nôtres: s'il y est des abîmes, ce sont nos abîmes; s'il y est des dangers, nous devons nous efforcer de les aimer. Si nous construisons notre vie sur ce principe qu'il nous faut aller toujours au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore aujourd'hui étranger nous deviendra familier et fidèle. Comment oublier ces mythes antiques que l'on trouve au début de l'histoire de tous les peuples; les mythes de ces dragons qui à la minute suprême, se changent en princesses? Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours, qui attendent que nous les secourions.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
____________________
Depuis quelques jours, j'ai rapproché de ma table de nuit mon petit livre de chevet des années 80, les Lettres à un jeune poète. Après toutes ces années, je découvre à nouveau ce texte fabuleux de Rainer Maria Rilke. C'est émouvant de relire mes propres annotations de l'époque, de retrouver des passages entier soulignés au crayon et de constater finalement que mes questions et mes préoccupations existentielles trente ans après sont sensiblement les mêmes et que la vision de Rilke y apporte aujourd'hui encore une réponse juste et percutante...
«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard