Affichage des articles dont le libellé est Amin Maalouf. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Amin Maalouf. Afficher tous les articles

lundi 17 septembre 2012

Les désorientés, Amin Maalouf

« J'appartiens à cette frange médiane qui, n'ayant ni la myopie des nantis ni 
l'aveuglement des affamés, peut se permettre de poser sur le monde un regard lucide. » 

  Quatrième de couverture
« Dans Les désorientés, je m'inspire très largement de ma propre jeunesse. Je l'ai passée avec des amis qui croyaient en un monde meilleur. Et même si aucun des personnages de ce livre ne correspond à une personne réelle, aucun n'est entièrement imaginaire. J'ai puisé dans mes rêves, dans mes fantasmes, dans mes remords, autant que dans mes souvenirs.

  Les protagonistes du roman avaient été inséparables dans leur jeunesse, puis ils s'étaient dispersés, brouillés, perdus de vue. Ils se retrouvent à l'occasion de la mort de l'un d’eux. Les uns n'ont jamais voulu quitter leur pays natal, d'autres ont émigré vers les Etats-Unis, le Brésil ou la France. Et les voies qu'ils ont suivies les ont menés dans les directions les plus diverses. Qu'ont encore en commun l'hôtelière libertine, l'entrepreneur qui a fait fortune, ou le moine qui s'est retiré du monde pour se consacrer à la méditation ? Quelques réminiscences partagées, et une nostalgie incurable pour le monde d'avant. » A. M.

Amin Maalouf est l'auteur de plusieurs livres, dont Léon l'Africain, Samarcande, Le Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993), Les Échelles du Levant, Les Identités meurtrières ou Origines. Il a reçu en 2010 le prix Prince des Asturies pour l'ensemble de son oeuvre.

Extrait
  Et si je fréquentais notre groupe, c'est parce que les personnes qui étaient là s'intéressaient au vaste monde, pas uniquement à leur petite vie. Ils parlaient du Vietnam, du Chili, de la Grèce et de l'Indonésie. Ils se passionnaient pour la littérature, la musique, la philosophie et les débats d'idées. Sur le moment, on pouvait croire que ces préoccupations étaient largement partagées par l'ensemble des gens. Mais du temps de notre jeunesse, ce genre de cercle était rare, et aujourd'hui il est encore plus. Cela fait plus de vingt ans que je n'assiste qu'à des réunions d'affaires, ou à des réunions mondaines. La plupart des hommes traversent la vie, du berceau jusqu'à la tombe, sans jamais prendre le temps de se demander où va le monde, et de quoi sera fait l'avenir.
  "Ce que je te dis là, c'est presque mot pour mot ce que Ramzi m'a dit un jour. A l'époque, je lui avais donné raison, sans savoir quelle décision il mûrissait dans son esprit. Moi, jamais je ne quitterai le monde de mon plein gré, les bouleversements me fascinent plus qu'ils ne m'effraient. Mais, sur un point au moins, je suis entièrement d'accord avec lui : il faut parfois s'élever au-dessus de la vie quotidienne pour se poser des questions essentielles. Je ne m'attends pas à ce que nos amis me révèlent des vérités inouïes, mais j'ai soif de les entendre raconter leurs parcours, réfléchir à voix haute, exprimer leurs espoirs et leurs angoisses. Nous sommes à la frontière des deux siècles et de deux millénaires. Deux mille un! Je sais que la numérotation des années n'est qu'une convention humaine, mais une année qui porte un chiffre aussi symbolique constitue une bonne occasion de s'arrêter et de méditer. Tu ne penses pas?"
  Le visage d'Adam s'éclaira d'un large sourire. Son ami lui lança un regard soupçonneux.
  "Q'est-ce qui t'amuse tant dans ce que je viens de dire?"
  "Depuis ce matin, je n'arrête pas de me demander ce que je pourrais bien dire à Ramzi lorsque j'irai le voir. Et tu viens de me donner la réponse. Je vais lui tenir très exactement le discours que je viens d'entendre de ta bouche. Si je l'invite à un banquet d'amis, il ne viendra sûrement pas. Mais s'il s'agit plutôt d'une retraite méditative..."
  Ramez sourit à son tour.
  "Essaie toujours, mais je reste sceptique."
  "C'est en tout cas la seule carte à jouer."
  "Si tu arrives à le convaincre, je t'offre un avion comme celui-ci."
  "Non merci, je ne saurais pas quoi en faire."
  "Une voiture alors..."
  "C'est déjà plus raisonnable!"
  "Quelle marque?"
  "Non, Ramez, je plaisantais, je n'ai besoin ni d'un avion personnel, ni d'une voiture. A Paris, je ne circule qu'à pied, ou en métro, ou en taxi, ou en bus. Quelques fois même à vélo. En revanche..."
  "Oui, dis-moi!"
  "En revanche, si tu tiens ta promesse de m'envoyer chaque année deux caisses d'abricots blancs..."
  "Ça, c'est déjà promis."
  "Et si tu ajoutais une caisse de mangues d'Egypte, de la variété qu'on appelle hindi, allongées, avec une chair couleur rouille.."
  "Accordé!"
  "Et une caisse d'anones, et une autre d'oranges moghrabi..."
  "Et des dattes, je suppose."
  "Non, les dattes, j'en trouve maintenant à Paris."
  "Pas comme celles que je t'enverrai."
  Il y avais encore dans le plat deux abricots. Chacun des deux amis en pris un, pour le déguster avec une extrême lenteur. Grasset

Amin Maalouf, invité de Patrick Cohen dans 7/9 sur France Inter
 parle de son roman Les désorientésICI

Félix  Ziem (1821-1911), Beyrouth, les deux palmiers.  (C) RMN-Grand Palais / Agence Bulloz

mardi 28 juin 2011

Amin Maalouf entre à l'Académie française

Veste d'académicien
***
 Dans sa séance du jeudi 23 juin, l’Académie Française a procédé à l’élection de Monsieur Amin Maalouf, d’origine libanaise, au fauteuil de M. Lévi-Strauss, déclaré vacant depuis le 24 mars 2011. L’écrivain libanais a été désigné par les « Immortels », dès le premier tour de scrutin, avec 17 voix sur un total de 24 votants.
 
  Issu de la minorité chrétienne melkite du Liban, Amin Maalouf, rédacteur au quotidien An-Nahar, est contraint de s'exiler en France en 1976, alors que son pays est ravagé par la guerre civile. Journaliste puis rédacteur en chef de la revue Jeune Afrique, le reporter parcourt alors de nombreux pays afin de couvrir l'actualité. Sa première publication, 'Les Croisades vues par les Arabes', est un ouvrage historique, mais c'est son roman 'Léon l'Africain' qui le révèle au grand public en 1986. Lauréat du prix Goncourt en 1993 pour 'Le Rocher de Tanios', sorte de conte à l'oriental, Maalouf rédige le livret de l'opéra 'Adriana Mater', dont la première a lieu en mars 2006. Il réitère l'exercice avec le livret d''Émilie' de Kaija Saariaho, créé à l'Opéra de Luon en 2010. L'auteur y explore les thèmes du pardon, de la guerre, de l'avenir. L'ensemble de son oeuvre interroge les rapports politiques et religieux qu'entretiennent l'Orient et l'Occident, mais aussi les thèmes de l'exil et de l'identité, des sujets traités dans ses différents essais parmi lesquels 'Les Identités meurtrières' paru en 1989 ou 'Le Dérèglement du monde', publié en 2009. Observateur et interprète de l'histoire et de son temps, Amin Maalouf parvient, par le biais de sa littérature érudite, à bâtir des ponts entre les hommes et les cultures. Il est élu au premier tour en juin 2011 pour succéder à l'anthropologue Claude Lévi-Strauss à l'Académie Française. Evene

Frontispice pour
Le Dictionnaire de l'Académie Françoise

  L’Académie française, fondée en 1635, sous le règne de Louis XIII, par le cardinal de Richelieu, est une institution de France dont la fonction est de normaliser et de perfectionner la langue française. Elle se compose de quarante membres élus par leurs pairs. Intégrée à l'Institut de France lors de sa création, elle est la première de ses cinq académies.
  La mission qui lui est assignée dès l’origine est de fixer la langue française, de lui donner des règles, de la rendre pure et compréhensible par tous. Elle doit dans cet esprit commencer par composer un dictionnaire : la première édition du Dictionnaire de l'Académie française est publiée en 1694 et la neuvième est en cours d'élaboration.

  L'Académie française rassemble des personnalités marquantes de la vie littéraire (poètes, romanciers, hommes de théâtre, critiques) mais aussi des philosophes, des historiens et des hommes de science qui ont illustré la langue française, et, par tradition, des militaires de haut rang, des hommes d’État et des dignitaires religieux. Wikipédia
«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard